Concours international de poésie « Matiah Eckhard », édition 2016

 

 

Association Euromédia Communications,  Les Matelles



 

 

Vers une poésie planétaire ?

par Angela Biancofiore

 

 

 

Le Jury du Concours international de poésie « Matiah Eckhard » a reçu en 2016 environ cent vingt poèmes  du monde entier : Canada, Togo, Roumaine, Congo, Tunisie, et… de toute la France. Le prix de poésie est désormais connu à l’étranger, notamment dans les pays francophones, grâce au travail de diffusion effectué par l’association (sites web, vidéos en ligne), par les membres du jury, les écrivains, les éditeurs et par les professeurs responsables du Florilège des écrivains en herbe francophones, M. Frédéric Miquel et Mme Marie Gola.

 

La nouveauté de cette année c’était l’attribution du Prix chanson qui a été conféré à la classe de 5e5 du collège Diderot d’Alès pour la chanson Les bioptimistes.

 

Les thèmes choisis librement par les jeunes auteurs (12-25 ans) révèlent une évolution intéressante et une nouvelle manière d’être.  Dans leurs textes les jeunes poètes soulignent l’importance de l’inter-connection : par les média, le web et les réseaux sociaux quelque chose a profondément changé, la manière de créer, d’écrire, de parler, de penser des jeunes (et des adultes) s’est transformée. Le titre du poème de Jocelyn Danga (Congo) qui a obtenu le premier prix poésie est très significatif : Un seul amour, un seul cœur, une conscience unique et multiple qui se développe et qui évolue en étroite relation avec la terre et le cosmos. Voici un extrait :

 

Un seul soleil pour sept milliards d’êtres
Un seul tableau pour sept milliards de peintres
Sept milliards de bâtons pour une seule flamme
Un seul paradis pour sept milliards d’âmes
Pour sept milliards de rois, un seul sceptre
Pour sept milliards de messagers, une seule lettre

(Jocelyn Danga, Congo)

 

 

Le poète Paul Valéry comparait la prose à la marche et la poésie à la danse : par leurs poèmes. En effet, dans beaucoup de textes on perçoit une grande sensibilité au rythme,  à toute forme rythmique, on y découvre un amour immense pour la musique,  au sens large, et en particulier, pour la musique de la langue.

 

A travers les poèmes  émergent les préoccupations les plus profondes des jeunes : un point central cette année est le refus de la violence sous toutes ses formes (attentat, guerre civile, conflits, violence contre les femmes, massacres engendrés par la migration).

Il est remarquable le fait que certains poèmes sont de véritables pamphlets contre les discriminations : ce n’est pas un hasard si l’engagement  est le thème choisi cette année pour le 7e colloque Florilège des écrivains en herbe, qui aura lieu durant la 31e Comédie du Livre  de Montpellier (le samedi 28 mai à 10h, à la Canopée).

 

De nombreux auteurs qui ont participé au concours célèbrent le bonheur de l’instant : la joie de l’été qui arrive, la douceur du printemps, la beauté de la rose révélant la beauté du monde, le bonheur d’être ensemble. Ainsi nous voyons clairement le lien avec les poèmes de Matiah, qui arrivait à apprécier chaque instant, malgré la souffrance, et qui vivait de manière profonde la joie de l’amitié. C’est surprenant ! Les jeunes ont une perception formidable… ils arrivent clairement à ressentir l’esprit qui anime notre concours poétique.

 

Un grand merci aux enseignants qui ont montré un véritable « engagement » sur le terrain de la poésie : souvent les élèves de lycée et de collège n’osent pas envoyer leur poème, c’est pourquoi un petit mot d’encouragement du professeur peut les aider à passer à l’acte. Et alors c’est un plaisir que d’entendre : « ça y est, madame, je l’ai fait, j’ai envoyé mon poème ! »

Le jury remercie vivement Mme Mariline Pascaud Ristori, Professeur d’Italien à l’Institut d’Alzon de Nîmes, pour avoir soutenu les élèves qui ont participé au concours et pour avoir effectué un vrai travail d’édition : puisque ses élèves ont exprimé le désir de traduire le livre de Matiah en italien, elle a fait de cette initiative un véritable projet collectif. L’ouvrage a été publié par les éditions Levant et il sera présenté à la Comédie du livre le dimanche 29 mai à 15h sur le stand de Florilège (Esplanade).

Pour leur action pédagogique  en faveur de la création poétique, le jury du concours adresse un remerciement particulier à Mme Annette Bénéfice, Professeur de Lettres au collège Jean Moulin de Sète, aux enseignants qui ont coordonné le travail de composition de la chanson Les bioptimistes du collège Diderot d’Alès (Mme Evelyne Devesse, Professeur de Lettres, Mme Corinne Marc, Professeur de Musique, M. Pierrick Touguet, Professeur d’Histoire-géographie), à Mme Isabelle Mounime, Professeur de Lettres au collège « Ray Charles » de Fabrègues et à Mme Rosanna Primon, Professeur d’Italien (lycée « Joliot Curie » de Sète) qui nous a envoyé des poèmes en français et en langue italienne.

 

Récompenses : Premier prix universités: 300€, premier prix Lycées 200 € en bon d’achat en librairie, premier prix Collèges 100€ en bon d’achat. Premier prix chanson 200 € en bon d’achat en librairie pour la classe entière.

Le jury a voulu signaler par des « mentions spéciales » les poèmes qui présentaient un intérêt particulier en raison du message, du style et de leur originalité. Les jeunes reçoivent ainsi un livre de littérature en cadeau, une carte poétique et l’attestation du jury.

L’association adresse à tous les autres participants une attestation et une carte poétique où figurent certains poèmes primés en 2015.

 

Premier prix Universités (l’inscription à un établissement n’est pas obligatoire)

Jocelyn Danga  Un seul amour  (Kinshasa, Congo) à l’unanimité 

Premier Prix Lycées

Joséphine Ponsard  Un secret (Institut D’Alzon, Nîmes) 

Premier Prix Collèges

Mina Saintrapt  Lorsque 2015 les sépara  (Collège Jean Moulin, Sète) 

Premier Prix Chanson Les bioptimistes, classe de 5e5, Collège Diderot, Alès.

 

Le jury a voulu signaler par des « mentions spéciales » les poèmes qui présentaient un intérêt particulier en raison du message, du style et de leur originalité. Les jeunes reçoivent ainsi un livre de littérature en cadeau, une carte poétique et l’attestation du jury.

L’association adresse à tous les autres participants une attestation et une carte poétique où figurent certains poèmes primés en 2015.

 

 

 

 

La poésie : désir de parole, désir de partage

Autour des poèmes qui ont reçu une mention spéciale du jury

Les jeunes poètes ont montré un engagement profond, ils nous invitent, par leurs textes, à méditer sur les ravages de la violence, ils nous montrent qu’on peut avoir le courage de rêver et de croire en un monde meilleur :

Daniel Aziabor, un jeune du Togo, nous envoie un poème bouleversant sur la guerre civile en Afrique :

 

Frère, pourquoi me persécutes-tu?
On est du même arbre
Fils de la même savane
Avant c'était le colon disait-on
Aujourd'hui, c'est nous-mêmes, frère

 

 

Un autre cri se lève de Tunisie contre les luttes fratricides, c’est une jeune fille, Rihab Tammar, qui s’exprime ainsi :

 

Un autre martyr s'ajoute à la liste.
Un ange a disparu à cause des djihadistes.
Ce n'est pas assez? Mettons fin aux tueries! 
Le terrorisme n'a pas de place en Tunisie!

(Hommage à Mabrouk Soltani)

 


Serge Pourrowsky, dans son poème intitulé Trêve, imagine un monde sans violence, sans ennemis :

 

Cédons à la tentation d'un imaginaire

Où nous reposerions hors de la guerre

Un univers où l'amour n'aurait pas de fin,

Où la grâce nous toucherait enfin !

 

Gagnants ou perdants, nous rêverons de grandeur

Désarmés et dépourvus d'ennemi.

Nous avancerons vers la nouvelle patrie

Bâtie sur notre incoercible candeur.

 

En effet, la force de ces auteurs réside dans leur imaginaire, dans leur capacité de croire, avec « candeur », à la nouvelle patrie. Loin des regards blasés, voire indifférents, loin des stéréotypes médiatiques, les jeunes poètes ont envie de ré-inventer leur langue.

Yaël Ciancilla, jeune lycéenne de Montpellier, lance un cri d’alerte et prend position contre la violence. Ses mots sont particulièrement attentifs à l’invisible souffrance des animaux sur laquelle notre société est bâtie :  

 

Tant qu’il y aura des syndromes diagnostiqués,

Tant qu’il y aura des tueurs, des détraqués,

Tant qu’il y aura, au fer, du bétail marqué,

Tant qu’il n’y aura plus d’amour communiqué,

Tant qu’il n’y aura pas le droit de répliquer,

Il y aura des poètes pour le revendiquer.

(Tant qu’on ne comprendra pas)

 

 

En quelque sorte, les jeunes poètes ressentent la nécessité de prendre la parole afin de révéler leur monde intérieur : ainsi Manon Nafraicheur arrive à trouver les mots, malgré la souffrance, pour décrire ce qui se produit dans son esprit :

 

L'angoisse est un ver insatiable

Hurlant des lettres illisibles,

Elle cultive l'enfer dans mes veines,

Perçant un sillon dans mes plaies béantes,

Arrachant mon cœur, si sereine,

Écumant mon sang, terrifiante

Infection, alchimiste du chaos,

Rongeant mon souffle et brisant tous mes os.

(Malepeur)

 

 

On dirait que dans les poèmes une transformation s’opère : l’observation des états de la conscience devient la première étape d’un chemin vers la conquête de l’équilibre intérieur, tandis que la souffrance nous aide à reconnaître le bonheur véritable.  Maureen Burlot, nous invite à la réflexion,  elle ose briser le silence et arrive à trouver la voix juste pour exprimer, en poésie, sa douleur, son envie de trouver refuge :

 

Il y a de terribles vérités qu'il vaut mieux chanter.

Des mots et des voix qui d'ironie sont teintés.

J'ai trouvé dans mon long séjour solitaire,

Un endroit où me réfugier, en marge, un repos solaire.  

(Il faut fuir le monde des hommes).

 

 

Manon Saturnino (Toulouse), dans un poème particulièrement actuel sur le rapport entre  monde virtuel et monde réel, exprime son désir d’un espace authentique où l’esprit pourrait retrouver sa véritable demeure :

 

L'éphémère parfois me fait si peur

Je ne veux plus être l'esclave des heures

Qui semble m'avoir fait devenir un automate

Comme si une horloge se trouvait dans mon dos entre mes omoplates

Juste une marionnette ensorcelée

Liée à des rouages invisibles et mécanisés

Ce tic-tac incessant s'entrechoque dans mon esprit

Il doit y avoir bien plus dans cette vie

 

Une autre jeune étudiante toulousaine, Mélissa Pagès,  bâtit avec enthousiasme dans son texte un véritable hommage aux poètes de tous les temps car ils/elles ont la capacité de toucher le cœur des êtres :

 

Toi le mort depuis 100 ans, toi la censurée d'il y a 2500 ans, toi l'ami, toi séparé.e par l'océan, toi le professeur, toi l'amante, toi la mère, le grand-père, et vous tous qui ne savez pas, peut-être pas encore, quelle poésie vivote dans n'importe lequel de vos choix et de vos élans. Toi qui me touches par toutes les mains du vivant. (A chaque poète que j’ai croisé).

 

La poésie de certains lycéens est imprégnée d’une respiration cosmique : une sorte de conscience élargie de l’univers où l’espace et le temps sont abolis, où les sentiments peuvent trouver un autre essor :

 

L’infini nous réussit

Sache que tu m’as mis

Une folie inouïe

Une pensée

Celle de t’aimer

Jusqu’à ce que l’éternité

Soit à notre portée.                            

(Louis Bérard, Lycée Joliot Curie Sète.)

 

 

Avec Emmanuel Hetsch, le lecteur se laisse bercer par le rythme régulier du sonnet qui célèbre un instant de ravissement, au point culminant où la conscience individuelle et l’esprit universel convergent :

 

Rien ne vaut un instant se sentir solitaire,
Écouter le silence, entendre les bois sourds 
Et laisser son cœur battre au rythme des tambours,
Sentir la nature, respirer le grand air, 
 

Marcher seul sans un bruit, regarder les étoiles
Brillant de mille feux, éclairant mon chemin...
C'est la nuit qui me guide et me prend par la main  

Pour m'emmener en mer, élevant sa grand-voile. 
 
Je poursuis ma route sans savoir où je vais.  
J'étais maître de moi, je deviens le valet :
Le ciel sombre me mène à des milliers de lieux.
 
Nous sommes en osmose dans cet horizon noir ;

Ma confiance est aveugle, et ne peut plus y voir :

C’est en fermant les yeux que l’on y voit le mieux ! 

 

                                                                 Emmanuel Hetsch (Strasbourg)

 

 

La poésie des collégiens arrive bien à célébrer le bonheur de l’instant : ainsi, le poème peut jouer un rôle essentiel, celui de mettre en évidence les moments de joie et d’engendrer, par sa lecture, une joie durable :

 

Dans ce monde bleuté, une vie apparaît

Des êtres crissent, glissent dans cette beauté

effrayante, mais assez étrange en ce lieu.

 

Mais, au-dessus de ce vacarme silencieux,

Les astres flamboyants brillent de mille feux,

Un enfant s'endort en contemplant les Étoiles. 

 

(Alexandre André, La lumière et l’obscurité, collège Ray Charles, Fabrègues)

 

 

Une sorte d’émerveillement est exprimé par les jeunes auteurs face à la beauté de la nature, ce même sentiment qui est à l’origine de toute une tradition poétique, en particulier la poésie lyrique :

 

La rose quitte sa douce somnolence,

S’ouvre, s’étire et

Se met à danser

Au gré du vent qui souffle

 

(Victoire Soulier La rose, Collège D’Alzon)

 

 

 

 

Le jeune collégien Nascimo Kerharo, dans son poème Cinq jours, d’un ton presque biblique rappelant  la Genèse,  exprime un intense sentiment de bonheur :

 

Le quatrième jour, je vis une forêt

Je me promenais, écoutais, regardais, sentais

Je fis un feu, dans sa chaleur j'étais joyeux !

Le cinquième jour, je vis le paradis

Il y avait des anges, le vieil homme, la mer, la forêt et les montagnes enneigées

C’était ma vie, c’était magique !

 

La lecture des poèmes reçus nous amène à penser que l’écriture poétique a le pouvoir de ré-enchanter le monde, elle arrive à sculpter notre esprit. Cependant, lorsque la conscience de la mort et de la maladie apparaît, la poésie est toujours là, chez les jeunes, pour mettre des mots sur l’indicible :

 

Quand la vie s'en va

Quand un oiseau ne revient pas

La tristesse t'envahit

Et fait entrer la maladie

 

Plus de mots pour te bercer

Mais les larmes continuent de couler

Et je te promets d'avancer

Pour te guider vers la pureté

 

 

(Nathan CohenLa Mort, 3e Collège Ray Charles, Fabrègues)

 

 

En 2015, les attentats à Charley Hebdo et au Bataclan, ont fortement touché les jeunes générations : au fond, ces événements les ont conduits à prendre conscience de l’importance de vivre en paix, tous ensemble, malgré les différences :

                                                                         

Maman.
Ce vendredi treize novembre,
je suis rentrée dans cette salle bruyante,
et j'ai dansé maman.
Maman, je viens te dire que les notes se sont tues, mais que la musique continue

(Pauline Hautot, collège St. Joseph, Montferrier)

 

La musique et la poésie des jeunes poètes continuent, malgré la violence et la peur, car en écrivant et en partageant un poème, on est tous ensemble. Les auteurs nous font comprendre quelque chose d’essentiel, nous sommes tous unis dans un même destin, sur une terre qui est en danger. La chanson qui a reçu le premier prix, Les bioptimistes,  est un cri d’alerte lancé aux « présidents de la planète » :

Les jeunes sont là pour nous rappeler que nous appartenons tous à une seule conscience planétaire, c’est pourquoi la poésie du futur célèbre l’amour universel :

 

 

Un seul silence pour sept milliards de bouches
Un seul rêve pour sept milliards de couches
Un même espoir pour sept milliards de cœurs
Un seul sourire pour sept milliards de bonheurs

O doux iris ! Il n’en sera jamais de trop
Pour chacun, sept milliards d’un seul parcours
Pour tous, sept milliards d’un seul amour
Sept milliards de doigts dans un seul anneau.

Un grand merci à Jocelyn Danga et à tous les jeunes poètes qui ont participé au concours de poésie pour avoir si bien exprimé notre véritable inter-relation, notre manière d’inter-être !