CONCOURS DE POESIE « MATIAH ECKHARD » 2016

 

 

Mention spéciale « Lycées »

 

 

 

«Rien ne vaut un instant»

 

Rien ne vaut un instant se sentir solitaire,
Écouter le silence, entendre les bois sourds 
Et laisser son cœur battre au rythme des tambours,
Sentir la nature, respirer le grand air, 
 

Marcher seul sans un bruit, regarder les étoiles
Brillant de mille feux, éclairant mon chemin...
C'est la nuit qui me guide et me prend par la main  

Pour m'emmener en mer, élevant sa grand-voile. 
 
Je poursuis ma route sans savoir où je vais. 
 
J'étais maître de moi, je deviens le valet :
Le ciel sombre me mène à des milliers de lieux.
 
Nous sommes en osmose dans cet horizon noir ;

Ma confiance est aveugle, et ne peut plus y voir :

C’est en fermant les yeux que l’on y voit le mieux ! 

 

 

Emmanuel Hetsch,

Lycée Marie Curie de Strasbourg 

 

 


 

 

Tant qu’on ne comprendra pas

 

 

Yaël Ciancilla,

Lycée Jean Monet de Montpellier

 

 


 

 

NID

 

Toi, l'étourneau de feu

Qui a choisi refuge dans mon jardin

Dans ton bec séduisant

La pomme que je croque

Sais-tu que tes plumes envolées

Resteront en ma mémoire

Comme le présent de l'automne

A la muse enchanteresse

Sais-tu que la beauté fuyante de ton corps

Qui se déploie dans l'azur impénétrable

Deviendra une accroche aux étoiles

Pour que je puisse fuir ce jardin

Cette terre infertile dont les racines brassent la lave

Mais qui parait inlassablement verte

L'opaque qui m'enferme

S'éclaircit peu à peu et

Peut-être ton plumage brisera

Cette vitrine où je me noie

 

Vole, de tes plumes éternelles

Vole, pour que je te contemple encore

Vole, pour me montrer l'immensité de l'univers

Dans l'éclat de tes yeux absolus

Dans la douceur et le parfum de ta peau

Dans les mots que nous tisserons comme un lien

Indicible entre la glace et les étoiles

Vole comme une promesse en l'avenir éclatant

Qui sera l'astre que je suivrais

Entre le jour d'opium

Et la nuit rayonnante

De l'été qui m'empoisonne

A l'hiver froid qui s'étend

Et de mon royaume figé

Je monterai sur le toit le plus haut

Je construirais l'échelle et les remparts

Sous le Soleil et la Lune

Le vent et la neige

Jusqu'à pouvoir te toucher

Jusqu'à pouvoir effleurer ton corps

La constellation irréelle du ciel pénétrant

Mes mains et ma chair fatigués

S'étireront jusqu'à toi

Comme tout le sacrifice de mon âme

Et par mon pouvoir d'Artémis

Ta poussière deviendra le corps de l'oiseau inatteignable

Qui s'envolera dès cette flèche plantée

 

Ma chute ne s'arrêtera

Que par les épines de mes roses de lave

En ce jardin indestructible

Où tu reviendras encore te poser

 

 

Clara Fourcade,

Tarbes

 

 


 

 

Théophile Bastille,

Lycée Pierre Rouge de Montferrier sur Lez

 

 


 

 

MON PAYS

Sur ce rivage inconnu,

Je vois les yeux d'un enfant meurtri

À qui on a volé ses rêves,

Ses espoirs de vie.

Ce regard qui supplie,

Cette main tendue

Et puis ces larmes de souffrance,

Ces larmes d'indifférence

Qui sont le quotidien de cette existence.

Pour toutes ces âmes

Condamnées d'avance, 

Pour tous ces hommes 

Voués au silence,

Ô toi mère patrie ! 

Que sont devenus aujourd'hui 

Ton arrogance, ta fierté

Et ton courage autrefois envié ? 

Toi qui m'as vu naître de tes flancs, 

Toi qui m’as bercé de tes chants, 

Tes chants de gloire, 

Tes chants de victoire.

Regarde maintenant cette terre 

Qui porte chaque jour en son sein

De nouveaux nés morts,

Regarde ses cicatrices qui rident son paysage

Et son sang innocent qui abreuve son sillage. 

 

 

Dounia Belhaj,

Institut d’Alzon de Nîmes

 

 


 

 

 

Il dit non avec le cœur

 

Il lui dit non avec le cœur

mais il lui dit oui avec la tête

il dit non à ce qu'il aime

il dit non à ses sentiments

il est faible

on le questionne

soudain la tristesse le prend

et il oublie son amour

et malgré son cœur de pierre

sous les hués du vent

avec ses feuilles

de toutes les couleurs

il dessine un cœur

sur le sol

qui le reflète.

 

Inesse Guélai, (inspiré de J. Prévert « Le cancre »),

Lycée Juliot Curie de Sète

 

 


 

 

L’Infini nous réussit

 

L’infini nous réussit

Sache que tu m’as mis

Une folie inouïe

Une pensée

Celle de t’aimer

Jusqu’à ce que l’éternité

Soit à notre portée.

 

Noi infinito riuscito

Sappi che mi hai messo

Una pazzia inaudita

Un pensiero

Quello di amarti

Fino a che l’eternità

Sia alla nostra portata.

 

Louis Bérard (Poème et traduction en italien),

Lycée Juliot Curie de Sète

 

 


 

 

Malepeur

 

Elle louvoie à travers mon coeur, meurtrière,

Fleuve volcanique, capitaine de mon âme,

Mon corps est érodé et ses plaintes infâmes

Creusent dans mon crâne comme en un cimetière.

 

Ses yeux me dénudent pour me vêtir de peurs,

M'isolent du monde pour m'ouvrir à la mort,

Je m'écrase à leur vue, sombres accusateurs

Pointant dans le vide un terrible réconfort.

 

L'angoisse est un ver insatiable

Hurlant des lettres illisibles,

Elle cultive l'enfer dans mes veines,

Perçant un sillon dans mes plaies béantes,

Arrachant mon cœur, si sereine,

Écumant mon sang, terrifiante

Infection, alchimiste du chaos,

Rongeant mon souffle et brisant tous mes os.

 

 

Manon Nafraicheur,

Institut d’Alzon, 15 ans

 

 


 

 

Mamma

 

Sai,

non ci sono molte persone come te

in questo mondo nero.

E io mi rendo conto della fortuna incredibile

che ho di averti.

 

In 16 anni

ho cambiato la mia vita,

il mio modo di vivere,

il mio modo di vedere.

 

E anche se un giorno

le nostre strade si dividono,

e anche se un giorno

non ci sarai più,

sappi che sarò sempre felice.

 

Sei una mamma

che ha vissuto e superato

alcune cose sconvolgenti.

Ti ammiro,

sei diventata quello che sei adesso

trasformando le tue debolezze in canto.

 

Oggi sei qualcuno di meraviglioso,

non so come hai fatto,

ma tu lo sei.

Non ho smesso mai di credere in te

come tu l’hai fatto per me.

 

Mi hai amata

e coccolata,

mi hai amata

e incantata.

 

Maylis Pala,

Lycée Juliot Curie de Sète

 

 

 


 

 

Navrée

 

Dans tes yeux, je vois mon regard s’effacer…

Dans ta main, je vois ta bague s’enlever…

Sur ton visage, je vois tout s’effondrer…

Dans ta voix, je vois tout se crisper…

 

Tu ne te déplaces qu’à un seul endroit,

Peur d’être enfermé dans le noir ?

Je ne t’avais jamais vu pleurer.

Sauf quand ta mère est tombée…

 

Dis-moi est-ce normal que tu ne m’entendes pas ?

Que je ne puisse pas te toucher ?

Que tu ne me voies pas ?

Pourquoi ranges-tu toutes mes affaires ?

Pourquoi vas-tu tous les jours au cimetière ?

Et j’ai compris lorsque j’ai vu mon nom…

Gravé près des fleurs sur ma… tombe.

 

Constance Perche,

Quincampoix (76)

 

 


 

 

La marche blanche noire

 

Les vassaux d'infortune

ont tourné la page

et prennent le large

en vaisseaux de fortune

 

Venus de la mer

sous un grand drapeau blanc

ce sont des enfants

qui cherchent leur mère

 

Mais les femmes en blanc

soignent les hommes en noir

et les hommes qui sont noirs

sont perdus comme avant

 

Et les hommes qui sont noirs

Sont perdus comme avant.

 

Laissez-les croire

les mauvais gagnants

qui troquent leurs chats noirs

contre des chats blancs

 

Pour qui les cols blancs

ne peuvent pas être noirs

et pour qui les gueules noires

ne doivent pas être blancs

 

Ils ne rappellent guère

que les couleurs abondent

que pendant la guerre

ou la Coupe du Monde

 

Que pendant la guerre

Ou la Coupe du Monde.

 

Laissez-les choir

les mauvais-pensants

qui sont des enfants

inquiets dans le noir

 

Qui voient tout en noir

ou bien tout en blanc

et croient tout savoir

mais souvent font semblant

 

D'avoir lu noir sur blanc

que les gens qui sont noirs

sont le problème urgent

de ceux qui sont blancs

 

Sont le problème urgent

De ceux qui sont blancs.

 

Ils regardent leur devise

et osent dire qu'elle évoque

l'étranger qu'ils visent

contre qui ils votent

 

Quand ils prennent un bull'tin

savent-ils l'atteinte

qu'ils portent au teint

de ceux qui sont dans l'attente

 

Peuvent-ils concevoir

d'laisser les coudées franches

à tous les moutons noirs

qui leur montrent patte blanche

 

À tous les moutons noirs

Qui leur montrent patte blanche

 

Bien assis sur leurs bancs

ils attendent au lavoir

leur lessive de blanc

leur lessive de noir

 

Et moi je me garde

la lessive de couleur

j'y ai mis la cocarde

le drapeau car pour l'heure

 

Je les trouve un peu ternes

les pigments qui colorent

ces symboles qui à terme

s'ront enfin tricolores

 

Ces symboles qui à terme

S'ront enfin tricolores

 

Les amis de la haine

laissez-les ignorants

s'abrutir sur leurs chaînes

en noir ou en blanc

 

Si le noir est nuisible

ce n'est pas pour la peau

mais pour les chemises

les idées les drapeaux

 

Je voudrais me permettre

de trancher ce conflit

en disant que peut-être

la réponse c'est le gris

 

En disant que peut-être

La réponse c'est le gris.

 

 

 

Théo Couderc,

Saint Marcel Paulel (31)