Les premiers prix du concours international de poésie «Matiah Eckhard»
édition 2026
Université et jeunes travailleurs (1er prix)
Vous qui savez
Ô vous qui savez
saviez-vous que l’on part poussé par la faim, la pauvreté, la guerre…
Ô vous qui savez
saviez-vous que l’espoir d’une vie meilleure va virer au calvaire sur la longue route épuisante et violente
du chemin de l’exil
Ô vous qui savez
saviez-vous qu’on s’en remet à des passeurs sans scrupule qui nous font miroiter un rêve inaccessible
Ô vous qui savez
saviez-vous que l’on est ces ombres entassées sur des canots de fortune dans une longue nuit sans lumière
Ô vous qui savez
saviez-vous qu’on peut voir nos voisins de traversée avalés par la mer boueuse de cadavres
qu’une mère doit rester silencieuse devant le corps de son fils balancé par-dessus bord
Saviez-vous que nos larmes sont plus fortes que les vagues
notre patience plus puissante que la tempête
Saviez-vous que la volonté de réussir est notre seul bagage dans ce parcours en enfer dont
beaucoup ne reviennent pas
Le saviez-vous
Vous qui savez.
Marilou BRION,
20 ans, artiste tatoueuse, Combaillaux (34)
1er prix Lycée
L'Encre des étoiles
Dans le silence de mes nuits, quand l'ombre se déploie,
Je cherche sous ma plume une lueur de joie.
Le papier reste blanc, les mots suspendus
Attendant mon envol, mes chagrins retenus.
C’est un voyage étrange, où mon coeur capitaine,
Pendant quelques instants, oublie enfin sa peine.
Je trempe mon stylo dans l’encre des étoiles,
Pour peindre sur mon esprit une invisible toile.
Je traque l'indicible au fond des encriers,
Parmi les souvenirs et les rêves oubliés.
L’ombre se fait complice, et le silence m’écoute
Chaque mot qui se pose éclaire enfin ma route.
J’emprunte au temps qui fuit, une seconde précieuse,
Pour pouvoir dessiner mon étoile ambitieuse.
Je grave dans le temps, d'un geste solitaire,
La trace de mon âme qui refuse de se taire.
Écrire, c'est m'offrir aux vents de l'infini,
Je porte le soleil au creux de l'insomnie.
Et quand le jour paraît, chassant le noir amer,
Il reste sur la page un parfum d'univers
Clémence Landragin
16 ans, Lycée Georges Pompidou, Castelnau-le-Lez
1er prix collège
Sur le rebord de ma fenêtre
Sur le rebord de ma fenêtre,
je fais mon plein d’humanité
je vois passer les passants, vaquant à leurs activités
ce vieux monsieur qui, le mardi, va au marché
cette dame avec ses grands leggings qui, le samedi, fait son footing
et cette courageuse maman, qui passe chaque jour à 8h pile,
avec ses enfants turbulents
ou bien ce monsieur tard le soir, avec sa bouteille à la main,
et plus aucun rêve pour demain
ou encore cette fille à vélo, qui a des étoiles sur son casque
et puis l’autre avec sa moto, qui fait du bruit quand elle passe
les voisins qui ne disent pas bonjour, le couple avec leur petit chien,
l’homme qui fait des allers-retours, la dame qui va chercher son pain
c’est fou comme un si petit bout de monde, peut contenir autant de choses,
de chemins qui s’emmêlent, se démêlent, se croisent et se décroisent,
forment un gros nœud parfois
J’observe ce drôle de défilé
comme on observe les étoiles
par un petit trou dans la toile
dans une tente lors d’une nuit d’été
Sur le rebord de ma fenêtre,
j’observe ces vies défiler
et m’imagine la vie des gens,
pourquoi ils passent ici, maintenant,
je leur donne un âge, puis un nom,
selon leur tête, une profession
peu à peu je trace leur image,
leurs histoires remplissent mes pages,
parfois tristes, parfois drôles,
souvent sombres quand la nuit tombe
Qu’a-t-il bien pu lui arriver, à ce monsieur tout accablé
et à cette dame souriante, en cette douce nuit d’été ?
Débordante d’inventivité,
je me glisse sur la pointe des pieds
sur ce rebord de pierre usée
j’observe les saisons défiler,
hiver, automne, printemps, été
je remplis des pages et des pages
de nouvelles de tous les degrés,
amour, trahison et galère,
joie douce, retrouvailles et colère
je crois qu’on peut tout y trouver
Puis les passants tournent au tournant,
me laissant seule quelques instants
le temps que j’écrive leurs histoires
avant de ranger mon carnet
sous une latte de mon parquet
bien amusée et apaisée
par ces instants d’humanité.
Pomme Le Blanc,
3ème Dequenne Collège Clémence Royer Montpellier
Enseignante : Mme Sandra Iché